ESCAFFEURS

 
Jeudi 8 décembre 2005

Ecoutez l'aventure
D'une petite hirondelle victime de vertige
C'est l'histoire absurde, mais véridique
d'un oiseau névrosé, privé de voltige.
Tous les psychiatres s'interrogeaient...
Car elle ne décollait jamais
Pour quelle raison, pour quel secret ?
Mélanie Patterson, elle s'appelait.
Il y avait eu des cas presque identiques
Lion végétarien, chien qui miaulait !
Et au fond de l'océan Arctique
Une baleine retrouvée noyée.
Les mots "looping", "rase-mottes" et "piqué"
Lui faisaient perdre connaissance
Parachute ou pas, impossible de voler
Elle devait marcher, cruelle sentence.


extrait de Mélanie Patterson - Bénabar 1997  "Bénabar & associés "

....aux fous du bloc !

Jeudi 8 décembre 2005

encore un ovale
lui monte à la gorge

sans serrer les dents l'eau
fuit-elle entre les plantes ou dessous
à la racine pour décrire l'histoire
cette nuit se gagne

la liberté de fuir

c'est super beau les bords de loire à andrezieux

Jeudi 8 décembre 2005

et puis surtout on est super content...........................................hervé si tu passes on pensait bcp a toi.....

Mercredi 7 décembre 2005


“Il était une fois, en bordure du ciel, un grand dôme de neige qui recouvrait les sommets et dominait la vallée. C’était le plus haut de tous ; avant même que les savants l’aient mesuré, on le savait : il était le premier à être habité par les rayons du soleil et, le soir, c’est encore sur ses pentes qu’ils s’attardaient après avoir abandonné toutes les autres cimes. Un peu plus tard, la nuit venant, il soutenait le ciel, et parfois une étoile, lourde d’être seule, toujours suspendue, venait se poser sur ses crêtes et veiller sur lui ; les neiges éternelles sont faites de poussières d’étoiles…”

Mercredi 7 décembre 2005
Mercredi 7 décembre 2005

bricoleur  malhabile, je m’assène inopinément un violent coup de marteau sur les doigts : incontinent mon corps se roidit, un hideux rictus me défigure, de douleur je lance un cri perçant et, lors que mon pouce contusionné vire au rouge violacé, j’entame au travers de la pièce comme une danse de saint-Guy, trépignant des pieds, frétillant de la main, geignant et jurant à l’instar d’un hystérique...

 

Au prétexte de sa régularité sans faille, nous réputons volontiers une telle scène contingente 13 ; ainsi prêtons-nous à la question : « Pourquoi ce maladroit ressent-il une vive douleur dans les doigts ? » une toute autre oreille qu’à cette autre : « Pourquoi Emma Bovary fut-elle saisie d’effroi quand son époux Charles lui annonça le sexe de leur enfant ? » Explicitons par réflexion cette divergence d’appréhension spontanée : elle consiste en l’intime conviction que ces deux interrogations seraient de natures foncièrement étrangères, la seconde portant sur la personnalité d’Emma et ressortissant à la psychanalyse, tandis que la première porterait sur la nature humaine en général, et ressortirait à la science.

 

Que d’aventure on nous presse de justifier de ces discriminations, et nous argumenterons probablement comme suit : nous avons tous connu des femmes enceintes qui soupiraient après une fille, d’autres après un garçon, d’autres encore que le sexe de leur progéniture indifférait ; nous ne saurions en conséquence concevoir le rapport unissant la « réaction » d’Emma au sexe de son nouveau-né sur le mode du rapport de la cause à l’effet : que ce sexe conditionne l’effroi de sa mère, cela va sans dire ; mais il ne saurait à lui seul causer cet effroi. Personne n’en disconviendra : le questionné implicite de la seconde question est bien la personnalité d’Emma, et l’objet de la psychanalyse étant précisément de comprendre les personnes, cette seconde question ressortit bien à la psychanalyse : notre pressentiment ne nous aura donc pas trompés. Certes, l’extravagance du personnage – Emma ira jusqu’à tomber en pâmoison – nous aura rendu cette vérité flagrante ; mais quand bien même sa conduite, parce qu’elle eût été plus mesurée, ne nous eût pas interpellés, par exemple parce qu’Emma n’eût éprouvé qu’un vague regret de n’avoir point accouché d’un mâle, notre expérience de la diversité des attitudes parentales envers le sexe d’un nouveau-né aurait suffit à nous rendre cette vérité manifeste.

 

À l’inverse nous connaissons tous la régularité sans faille de cette loi psychologique banale : « Quiconque reçoit un violent coup de marteau sur les doigts éprouve sur-le-champ une douleur aiguë dans les doigts. » Forts de cette loi, nous pouvons en revanche légitimement énoncer : la vive douleur que j’ai ressentie dans les doigts, concomitamment à l’impact du marteau sur ces doigts, fût bien l’effet de cette cause. Ainsi que nous l’avions spontanément pressenti derechef, c’est bien la régularité sans faille de la scène décrite ci-dessus qui vaut à nos yeux preuve de sa contingence.

 

Notre intégrité intellectuelle nous oblige cependant à reconnaître le caractère quelque peu emprunté de ces raisonnements. Car avouons-le : jamais un instant nous n’avons douté de ces conclusions. Mais habitués que nous sommes à réduire la conscience à un épiphénomène, à nous défier de ses illuminations – voire à lui dénier tout pouvoir cognitif, notre exigence subjective de vérité se sera spontanément objectivée en une démarche de validation objective de ce dont subjectivement nous n’avions jamais douté. En fait nous avons ici affaire à deux savoirs enchevêtrés, l’un subjectif, l’autre objectif, qu’il importe de soigneusement démêler : mon « savoir subjectif » est celui par lequel je (ce « je » désignant ma personne) reconnais (par réflexion impure, dans un acte de remémoration) avoir personnellement aussitôt éprouvé, chaque fois que je me suis asséné un violent coup de marteau sur les doigts, une douleur aiguë dans les doigts, dont le coup de marteau m’est chaque fois apparu être la cause ; le « savoir objectif », qui fonde l’objectivité de la loi psychologique sus-énoncée, est celui par lequel on connaît que quiconque reçoit un violent coup de marteau sur les doigts, éprouve sur-le-champ une douleur aiguë dans les doigts.

 

Avons-nous été d’une circonspection excessive de n’accorder aucun crédit à notre « savoir subjectif », à tout le moins en un premier temps ? Car s’il était parbleu une chose que nous concevions très clairement et très distinctement, tandis que nous soufflions sur nos doigts endoloris, c’était bien que le coup de marteau que nous venions de nous asséner « était cause » de la douleur que nous ressentions. Pourquoi diable alors nous être abstenus de fonder cette relation de causalité objective sur cette impression de causalité tout simplement ? Fallait-il absolument sortir de notre subjectivité ? D’autant qu’une fois cette relation de causalité objective établie, nous nous empressons de comprendre notre « impression de causalité » comme la simple manifestation subjective de cette causalité objective.

 

Afin de nous bien persuader que notre démarche en apparence contre nature était incontournable, il suffit de considérer que l’effroi d’Emma, dans le moment que Charles lui apprend la nouvelle fatidique, s’éprouve comme causé par le sexe de son enfant – ce qui est objectivement faux, nous l’avons marqué, et que la force de l’évidence spécieuse par laquelle Emma vit son effroi comme lié dans un rapport de cause à effet avec ce sexe ne le cède en rien à la force de l’évidence par laquelle je vis ma douleur comme liée dans un rapport de cause à effet avec le coup de marteau que je me suis asséné – ce qui est objectivement vrai, nous l’avons montré : à se hasarder à fonder une relation de causalité objective sur une impression subjective de causalité – quelque univoque soit-elle – il y a donc grand péril.

 

Au reste, l’Homme tel que nous en faisons quotidiennement l’expérience vit dans ce genre d’« évidences spécieuses » comme le poisson vit dans l’eau : il m’apparaît que ce vin de Bordeaux que je déguste est cause du plaisir que j’éprouve en m’en délectant, il m’apparaît que l’odeur dégagée par ce tas d’immondices est cause de la nausée que j’éprouve en m’en approchant, il m’apparaît que la cervelle d’agneau qui gît dans l’assiette de mon voisin de table est cause du haut-le-cœur que j’ai rien qu’en y pensant, de même qu’il m’apparaît que le bâtonnet d’anxiolytique que j’ai avalé tout à l’heure est cause de la disparition de mon anxiété. Et pourtant : il est objectivement faux que ce vin soit cause du plaisir que j’éprouve, puisque cette collègue à laquelle je voulus en offrir hier me révéla que depuis sa plus tendre enfance le vin ne lui inspirait qu’une vive répugnance, il est objectivement faux que ce tas d’immondice cause ma nausée, puisqu’en Afrique j’ai vu des peuples entiers vivre dans la plus parfaite insouciance au milieu d’immondices 14, il est objectivement faux que cette cervelle ovine provoque mon haut-le-coeur, puisque précisément mon voisin s’en délecte. Mais il est en revanche objectivement vrai que cet anxiolytique agit sur ma conscience pour en chasser l’angoisse : ce qui prouve scientifiquement la réalité de cette action – et incidemment invalide le postulat sartrien de la liberté une deuxième fois 15. – c’est la régularité, observée sans exception chez tous les sujets anxieux auxquels on aura administré un bâtonnet analogue au mien, de la disparition de l’anxiété dans les minutes suivant la prise.

 

Ces exemples, qu’on pourrait multiplier à l’infini, illustrent à quel point notre subjectivité est constamment en proie à de grossières illusions : pour atteindre à la vérité du subjectif, il convient toujours de fournir au préalable un effort d’objectivité, ainsi que nous l’avons fait.

 

Résumons et concluons : la dissonance sémantique que nous saisissons involontairement à l’audition des deux questions agitées est saisie préréflexive sur ces questions d’un savoir, celui-là même qui fonde la distinction consacrée entre douleur « morale » et douleur « physique ». L’expérience nous enseigne en effet que les douleurs ressortissent chez l’Homme à deux schèmes psychophysiologiques en un certain sens rigoureusement inversés : le schème de la douleur « morale » et celui de la douleur « physique ». La douleur « morale » est une douleur d’origine psychique qui peut, par action de l’esprit sur le corps, produire certaines manifestations physiologiques – par exemple l’atonie musculaire et les larmes dans la tristesse ; elle exprime la personnalité de celui ou celle qui l’éprouve : c’est à la psychanalyse qu’il appartient d’en élucider le sens, cas par cas. À l’inverse, la douleur « physique » est d’origine strictement physiologique : elle est produite par action du corps sur l’esprit ; sa contingence résulte de celle du corps, et c’est à la science qu’il appartient d’en dévoiler les mécanismes universels. Bien évidemment, ces deux schèmes ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, la douleur « physique » et la douleur « morale » pouvant coexister et même « interagir » ensemble. Par exemple il est bien connu que la douleur « physique » est anxiogène, et que l’anxiété à son tour tend à accroître l’intensité de la douleur « physique ». Il est cependant des circonstances où la douleur « physique » se manifeste « à l’état pur », c’est-à-dire sans s’accompagner de douleur « morale », et inversement où la douleur « morale » ne s’accompagne d’aucune douleur « physique ». C’est là du moins ce qu’on prétend. Nous pouvons dès à présent annoncer la thèse ultime que nous défendrons : toutes les douleurs ressortissent exclusivement au schème de la douleur « morale », le schème de la douleur « physique » n’étant qu’illusoire.

 

 
 
morale  mes f............ça fait super mal aux doigts l'escalade et aux épaules aussi.......

Mardi 6 décembre 2005

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?
Et la peur de vieillir et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

 
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanation de ton corps enchanté ;
Mais de toi je n'implore, ange que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !

(Les Fleurs du mal)

 

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