SANS COMMENTAIRE

L’univers actuel des pratiques et des discours dans le domaine de plus en plus large de la santé mentale constitue un lieu privilégié d'observation de différentes formes de régulation des conduites dans les sociétés contemporaines. Un lieu où se manifestent certaines injonctions sociales indiquant aux sujets ce qu'on attend d'eux, un lieu où ceux-ci témoignent de la résistance à ces injonctions par des symptômes, la souffrance ou le «passage à l'acte» et, enfin, un lieu de définition des comportements «inadaptés» susceptibles de déclencher divers mécanismes légitimes d’intervention.
Les interventions psychosociales, psychothérapeutiques et psychiatriques contribuent à la reconduction et à la mise au point de règles sociales, d’autant que les mécanismes et institutions traditionnels de socialisation subissent une crise ou, du moins, des transformations profondes. La famille, l’école, l’État, l’environnement de travail, l’Église, voire ce que l’on appelle la communauté, ont de plus en plus recours aux interventions à caractère «biopsychosocial» lorsqu’il s’agit de pallier des «dysfonctionnements», ou mieux encore, de «produire» des comportements «adaptés» dans une optique dite proactive. Le statut profondément ambigu de ce type d’interventions, oscillant entre le dressage psychosocial et la thérapeutique, loin de constituer un handicap, se révèle comme l’un des vecteurs de leur diffusion au-delà du contexte exclusivement clinique.
D'une part, on assiste à une psychologisation croissante de différents phénomènes et épisodes de la vie des sujets (enfance, adolescence, amitié, sexualité, divorce, chômage, vieillesse, maladie, mort, bonheur, etc.) par le biais de leur association directe au domaine de la santé mentale. D'autre part, la dimension proprement psychologique perd graduellement sa spécificité dans le flou de l'intervention dite biopsychosociale où le «corps mental» (comportement et humeur) et les «environnements» (entourage humain, milieux) prennent de plus en plus de place. Les « clients » (individus) ou « clientèles » (collectifs) cibles des interventions sont ainsi conçus comme des sujets censés fonctionner de manière efficace (ou du moins ne pas « dysfonctionner ») dans un contexte, une situation ou un « environnement » particulier, à condition de développer des « compétences sociales » que l’on dit aujourd’hui adaptées plutôt que normales.
Tant la complexité des neurosciences que la simplicité de la parole de l’accompagnateur thérapeutique se trouvent traversées par les tensions produites entre les règles définissant l’individualité contemporaine (notre soi social actuel) et le processus de définition des multiples visages de l’«inadaptation» cognitive, comportementale, affective et sociale. Au carrefour des discours scientifiques, des normes sociales et de l’action des groupes d’intérêts particuliers (clients-patiens-usagers; industrie pharmaceutique; gouvernements, corporations professionnelles, etc.) se définissent des modèles de comportements «adaptés», qu’il s’agit de reconduire, et des modèles de comportements «inadaptés», qu’il faut gérer, ou mieux encore, prévenir par leur dépistage «à la source», que celle-ci soit biologique, psychique ou sociale.
oui je sais c'est moi le seul responsable hervé pardonne-moi je t'aime comme tu es.....différent de nous... patricia si tu lis dsl
ton jeanyves